12 avril 2010
Bestiole
De longue date parti sécher sur un voilier au soleil
Les rayons et les gouttes de mer sont plus doux
Que l’asservissement sauvage de sa nature
A ma volonté endiablée…
L’amour bestiole, je l’ai fait fuguer
Quand les paillettes et le piment
Croqueront mes veines à nouveau
Sur son tapis volant, ébouriffé,
De retour il sera dans mes mots
08 avril 2010
Mélysandre
« - C’est cher payé le billet quand même.
- T’occupes. Suis moi. Tu reverras pas ça de sitôt. »
On s’est engouffrées sous le porche.
L’eau de pluie dégoulinait encore sur les murs. On aurait dit du champagne qui
s’évadait d’une bouteille pour arroser la mousse qui recouvrait les murs de la
petite cour.
« - Par ici messieurs dames »
J’ai dérapé sur une pierre. Mélysandre a pouffé de rire.
Sourire carnassier du propriétaire des lieux . Il sait qu’on le paie cher
pour le peu de temps qu’il nous accorde. On sort de la cour. On entre dans la
première grotte. On prend la deuxième pirogue, la première est déjà prise par
un couple étrange, deux hommes aux chevelures fauves, un peu transparentes… L’un
des deux me fait un clin d’œil. J’ai encore dérapé, son visage lisse et ovale
m’a perturbée. Ses yeux oranges souriaient, c’est peut être ça qui m’a troublée…
Il y a peu de sourire ici en ce moment.
Je caresse le bois de rose, drôle de
matériau pour une pirogue. Sans doute que les moyens manquaient pour les
fabriquer en roches de lune. Une giclée de sang-grenadine nous propulse. On
passe dans une seconde grotte… La voûte brille, dix milles papillons dorés y
butinent une étrange matière, blanche striée de noir… Une goutte tombe sur mon
épaule. Je la cueille avec mon doigt, pas de surprise, c’est du chocolat.
« - Messieurs dames terminus tout le monde descend ! »
C’est sans appel.
« - Fais pas ta chochotte, plonges ! »
Ma copine me regarde avec ses immenses yeux gris et moqueurs. Ils virent au
rouge quand l’aile d’un papillon renvoie sur ses pupilles la lumière ambiante.
Je suis moins élégante qu’elle, elle le sait, mon plongeon sera celui d’un
lamentin maladroit. Elle, elle est déjà dans le sang-grenadine et les molécules
de cette eau si particulière coulent en plusieurs filets rouges, parmes et
dorés dans son décolleté de princesse, sur son ventre, le long de ses jambes
interminables. Ses cheveux se sont transformés en méduse vénéneuse. Je m’assois
sur la terre ferme, et je laisse la thérapie faire effet… Soudain Mélysandre
m’attrape une jambe et je me retrouve dans l’eau en moins de deux. On éclate de
rire et j’admire sa bouche vermeille… Je pars nager quelques mètre.
10 février 2010
Haussmann Saint Lazare
Le bruit des talons explose le sol et va résonner quelques mètres plus loin. Deux, trois personnes tout au plus avancent comme des ombres sur le quai. La première, une femme avec un joli sac en cuir et d’immenses yeux bleus, fait signe à son ami qui la rejoint. Ils s’éloignent. Un clochard dors derrière un distributeur Coca/Kit Kat/Mars/Fanta… Venez vous engraisser dans le circuit en métal… Laissez vous glisser le long des tiges rondes qui se tortillent pour laisser passer un des produits que vous avez demandé. Un type attrape ses crocodiles bariolés et gélatineux. Lui aussi s’en va. Me laissent seule. Tous. Ca arrive souvent en ce moment, de toute façon. Je regarde autours de moi. Pour une station de RER, la ligne E à Haussmann Saint Laz, c’est bien tranquille, et bizarrement esthétique. J'ai mes grosses kickers© en cuir marron, la semelle ne fait aucun bruit et j’ai l’impression d’être un chat monté sur coussinets. C’est bien comme ça, j’entretiens le silence et je peux observer à ma guise ce que les hommes ont créé. Un temple, c’est ce dans quoi j’ai l’impression d’être. Un temple avec des raies des océans collées au plafond, et qui font luire une lumière orange tamisée. Deux larges allées couleur marbre beige, un peu de silence, quelques affiches de pub et les rails, je suis dans l’appareil digestif humain pendant l’heure creuse. Je vais devoir attendre quinze minutes. J’ai raté le déplaceur d’humain de 11h05. Je m’assois donc, je regarde. Aujourd’hui, l’odeur de fer grillé des boyaux des métros et RER ne me dérange pas. Je laisse divaguer mes pensées, je me sens loin des endroits où la proximité des hommes me contraint à réclamer de l’amour. Je suis au centre de la terre, mais à quelques mètres seulement de profondeur. Du coup, ça m’est égal ce qu’on pense là haut… Les sentiments rebondissent et de heurtent à mon crâne, seules les pensées peuvent papillonner dans mon cerveau, détachées des ordures que sont l’angoisse et le manque. BAAMMM, une volvic fraise tombe dans la machine à sucre graisse, le train arrive, les filles qui en sortent rient, un bébé hurle, deux autres poussettes, un attaché case et un homme dedans, des jeunes, des pas jeunes. Je rentre, les portes claquent, je m’assois, rose saumon sur les murs…
21 janvier 2010
Qu'une seule solution...

Bâveuse, l'omelette?
Je bave des mots. C’est infernal, pourquoi ne pas baver sur mon oreiller
pendant la nuit, ou baver de faim ou d’envie ? Mais non, il fallait que
MÂDAME bave des mots, en cascade et en torrents, en montagnes russes et en
projectiles. J’en dis tellement qu’il m’arrive maintenant de douter de leur
sens. Je dégouline de bons sentiments alors que je devrais consoler, je pullule
d’a prioris et de préjugés alors que j’aspire à l’objectivité. Mon chat, lui il
miaule. Voyez-vous, quand il a soif, il se manifeste. Quand il est triste, il
s’assoit et il enfoui sa tête sous ses petites pattes oranges. Moi, il me
semble que j’attraperais un bon coup de modestie à échanger ma place avec mon
chat. Seulement, le mettre à ma place et l’envoyer dans ce monde de barbares, pas
sur qu’il apprécierait le changement. Et puis les croquettes, non, non, triple
et quadruple non : petite nourriture douceâtre et multicolore, je t’aime
bien pour mon chat, mais je ne serais pas la criminelle qui poussa mémé dans
les orties. Retour à la case départ donc : pourquoi est-ce que tu parles
autant ?
Mais enfin, c’est une évidence : le langage est le moyen privilégié de
communication de l’homme et de son environnement social…
Il s’empêche que, je parle trop. L’art du silence. Pour une fois.
27 novembre 2009
Langues de sable
Regarde devant toi, pleins de sourires et de roses en papier, du soleil orange et des roseaux égyptiens. Le jour, tu te lèves et tu sens la chaleur du soleil dévorer tes cheveux, on vient pour te faire un trait noir au dessus de la paupière. Il y a du sable et des scorpions. Tu prends ton chameau, tu te balades autours des grandes fontaines, l’eau bleue gicle de la bouche des sphinx. Des serpents de lumière glissent le long des hauts palais de pierre blanche. Tu descends et tu entres dans le grand marché. La foule grouille tout autours de toi, les marchands crient, tu sens l’odeur du sable chaud et des plats fumants. Une fille te lance un regard brûlant, ses yeux verts sont un abîme d’épices dans lequel tu te plonges. Sa bouche s’entrouvre, elle disparaît. On te bouscule violemment…
Tu ouvres les yeux. Tu es assis à la table du MacDo. La fille qui te regarde éclate d’un rire fade, agrippée à son copain aussi fade qu’elle. Tu regardes ton hamburger… et tu as envie de pleurer.
Voilà, vous savez ce que je vis à peu près tous les jours en ce moment…
04 octobre 2009
Chacun sa carte navigo les mecs...
Est-ce que je dois demander aux anges pourquoi je suis gazeuse, démembrée ? Fluide, immatérielle. Un peu de pluie et un peu d’orage et un grand navire avec des voiles pourpres et des réacteurs pour fendre les nuages et rejoindre les cieux dans leur partie inférieure, là où tu trouves juste de quoi rire et des villes suspendues. Quelques pipes d’opium, un tapis volant et des motifs rouges et gris, ce sera mon véhicule d’occasion fournit par la casse si je rate le permis de naviguer en l’air. Ils sont cools les types là bas. Pas besoin de te faire repasser dix fois des tests stupides à abrutir le plus intelligent des hommes. Pas de fausse bonne volonté et de discours moralisateurs, le code de la route du ciel c’est voyage et le monde t’appartient. Code ? C’est un mot ? Les voyageurs que tu rencontres sont flous et la seule chose précise chez eux, c’est les milles mondes fabuleux qu’ils ont parcouru et qui se reflètent encore dans leurs pupilles dilatées par les merveilles de leurs périples. Code ? Parfois, plus les choses se précisent, moins elles sont belles. Plus je grandis, plus je veux voguer dans les abîmes de la place des rêveurs. Dans mon bateau, il y a des lustres en étain et en titane bardés de bougies multicolores, mon claquement de doigt commande l’allumage des lumières et mon souffle commande la direction, un clignement d’œil et l’encens brûle. Personne ne monte sur ce bateau. Les seuls invités sont l’état d’amour, de transe et de beauté, parfois je fais pousser des rosiers aux pieds des mâts. L’équipage en revanche et composé des amitiés qui viennent, qui s’en vont, celles qui demeurent. C’est les seuls changements que je tolère, même si au final je suis seul capitaine, chaque amitié qui part est une rose qui fane et j’en fais le deuil. Je fends les mers blanches, je voltige aux frontières de raison, et plus le soleil monte haut dans le ciel, plus mon cœur s'embrase.
11 septembre 2009
WordPad
Drôle de mouvement, je vois la barre noire faire des allées et venues horizontales sur la page, elle revient sans arrêts, j’arrive quand même à la faire progresser mais elle résiste, elle revient cette salope, aïe elle est bloquée par un mot vulgaire, oh le délire, elle a peur de revenir en arrière maintenant, elle clignote oui mais au même endroit, ah tient, elle bouge plus… Elle va repartir, t’inquiètes. Heu, nan, elle veut pas repartir… Mince. Raté.
29 juillet 2009
Méditations d'une bourée
Et je souris, souris, souris, j’ai l’autorisation formelle et absolue
de détruire dans sa totalité ce qui sort de mes pensées. Sous forme de lettres
d’encre noire ou sous forme virtuelle, de toute façon la police est noire, et je vis toujours accrochée dans le cercle vicieux de la formalité... Quand je regarde autours de moi, je me mets à croire que
c’est impossible de partir, trop de barrières... Est-ce que j’ai dis un jour que je pouvais vivre dans un endroit
laid ? Sans soleil ? C’est faux, comme d’habitude je mens. Vivre ? Facile ? Qui m’a dit ça ? Il est aussi menteur
que moi. Dommage que je ne me souvienne pas de la personne. Chaque jour qui
passe, je me demande, est-ce que
j’aime assez ? Est-ce que j’absorbe assez le vent, la vie ? Et est-ce
qu’ici, je n’ai pas trop souvent oublié de dire merci ? Est-ce que je
passe à côté de quelque chose, est-ce que tout cela est utile ? J’ai
toujours plus de mal à me comprendre et à m’écouter, j’étouffe dans mon
apparence, je suis schizophrène de coquille externe VS les éléments qui me
constituent. Coquille externe d’ailleurs remplie de petites perles rouges, et
de rubans, et puis est-ce que j’ai une âme ? Si j’en ai une, pourquoi ne
pas la faire ressembler à de la barbapapa ? Rose, mousseuse, joyeuse,
sucrée, éphémère. (Mais c’est quoi son problème à elle, avec ses histoires de
bonbons ?)
D’accord, c’est entendu, revenons sur du plus « terre à terre », dehors il fait sombre, il est 21heures passées, un petit bout d’arbre gris pointe son nez devant ma fenêtre, ma maison est paisible, qu’est-ce que c’est le but de la vie ? Et le but de MA vie ? Si le chemin est vraiment plus important que le lieu à atteindre, je dois absolument me poser les bonnes questions. Mais j’ai parfois la certitude de respirer en dessous de ce que je suis, de ne pas faire au mieux. J’ai envie de hurler juste pour voir si mon corps suit mon âme, si il arrive à crier aussi fort qu’elle.
« Je
sais pas si ça t’es déjà arrivé de… tu vas peut-être trouver ça bizarre, mais
par exemple te caler dans un endroit, le vent dans tes cheveux, je sais pas,
des rochers ou une forêt. Et d’être là, d’être tout court, de sentir que tu
vis, que tu es jeune, mais en même temps en ayant l’impression d’avoir trop
vécu et d’avoir trop à vivre. D’avoir un peu peur en fait. Comme si le monde
était beaucoup trop plein, et toi beaucoup trop vide… Comme si t’avais jamais
reçu les consignes pour accueillir tout ça en toi, tout en ayant une envie
mortelle de l’accueillir. Et toujours du vent qui glisse un peu autours, et te
sentir bien, mais triste aussi, enfin heureux à la fois. Avec un rayon de
soleil, ça c’est important, un de ces rayons qui viennent percer à travers le
feuillage d’un arbre pourquoi pas, et ces petites poussières qui dansent
dedans. Et le rayon te lèche la peau, ça donne l’impression qu’une langue de chat
te râpe la joue, et tu ronronnes. Et puis pleurer un peu de temps en temps, simplement
parce que tu es seul et que personne te vois, alors c’est ton trop plein de
choses vues et ton pas assez de sentiments éprouvés qui coulent par tes yeux.
Bien sûr le soleil vient les lécher…
Tu t’es jamais sentis seul,
aussi ? Si, bien sûr, tout le monde. Mais seul, paisible ? Content
d’être éloigné de la fourmilière de ton petit monde. D’être frappé par la
beauté de ce rayon qui rend vivant tout ce qui t’entoures.
Tu sais, ces moments me
manquent rien que d’imaginer que je pourrais les perdre, j’ai souvent peur de
ne plus être capable de les ressentir, j’ai peur que ça parte avec le temps.
J’ai peur aussi de ne jamais réussir à les partager, de ne pas, de ne jamais
être capable de plonger dans les yeux de quelqu’un comme je plonge dans ce
rayon de soleil, là. Nos yeux manquent un peu d’étoiles, hein ? Il faut
sûrement se donner le moyen de les avoir, ces étoiles qui nous font voir les
choses différemment. Il faut se donner les moyens. Il faut se faire, se faire
tout seul, se fabriquer son bonheur. Vu où on vit, vu où on est, c’est criminel
de fermer sa porte au bonheur. C’est vrai, c’est terrible ces gens qui refusent
d’être heureux. La fourmilière le fait à leur place. Mon bonheur à moi, je le
construis tous les jours et il n'appartient qu’à moi. Il est pas imposé,
conforme, englué dans les normes. Je fais tout pour le façonner de la plus
belle façon qui soit, et oui j’ai des périodes de faiblesse, des pauses, mais
chaque règle a ses exceptions... C’est le rayon de soleil dans la forêt tu
sais, il change de couleur, d’intensité, de forme selon mes envies
créatrices… »
06 juillet 2009
Arcades pommes
C’est dans un endroit que moi seule connais, j’ai vu un type avec des roses à la place des yeux, des roses presque violettes, des papillons se posaient dessus, je suis tombée dans les pommes, ou dans les roses, je ne me souviens plus.
Photo prise dans le jardin de ma cousine

